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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/11

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MÉMOIRES
D’UN
TOURISTE




— Vannes, le 5 juillet.

Ce matin, à sept heures, j’ai quitté Nantes par la diligence, fort satisfait de cette noble et grande ville. La colline sur laquelle elle est bâtie procure à plusieurs de ses rues une pente admirable pour la salubrité comme pour la beauté. Il y a même des aspects pittoresques du côté d’une église neuve qui domine l’Erdre. Quoique Nantes n’ait pas les beaux monuments gothiques qui fourmillent à Rouen, elle a l’air infiniment plus noble.

Au sortir de Nantes, par la route de Vannes, on est bientôt abandonné par les maisons de campagne, et l’on se trouve comme perdu au milieu d’une vaste bruyère parfaitement stérile. C’est ainsi que nous avons fait les seize lieues les plus tristes du monde jusqu’à la Roche-Bernard. Je désespérais du paysage, et ne me donnais plus la peine de le regarder ; j’étais sombre et découragé, et bien loin de m’attendre à ce que j’allais voir, lorsque le conducteur m’a demandé si je voulais descendre pour le passage de la Vilaine.

Il était déjà cinq heures du soir, le ciel était chargé de nuages noirs. En descendant de voiture, je n’ai rien vu que de laid. Une pauvre maison se présentait, j’y suis entré pour avoir du feu ;

II. 1