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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/84

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ŒUVRES DE STENDHAL.

rage civil encore plus que militaire, au milieu de la France abattue par Waterloo, est unique dans l’histoire de notre révolution.

Le gouvernement, en province, c’est le préfet ; il est à peu près le même partout : cependant j’aurais beaucoup à dire sur cet article.

Il y a des départements du Midi où le gouvernement n’obtient presque pas d’influence sur le moral des peuples ; cela tient à l’état de barbarie ou aux passions des habitants, et aussi au défaut de capacité des préfets. Ces messieurs récompensent au hasard, et d’ailleurs l’on ne manque pas de les changer au bout de trois ou quatre ans, c’est-à-dire dès qu’ils commencent à connaître un peu le pays qu’ils administrent. La plupart, même après plusieurs années, ne se doutent pas de ce qui se passe autour d’eux. Ils agissent presque toujours suivant les passions d’un secrétaire général ou d’un conseiller de préfecture, qu’ils croient le plus honnête homme du monde, et ce meneur a les vues élevées et le caractère généreux d’un procureur avide et narquois. Ces préfets, avant 1830, ne peuvent pas se flatter de diriger une seule volonté dans leurs départements ; ils les achètent tout au plus avec des bureaux de tabac et des croix, quand toutefois les députés ne leur enlèvent pas ces moyens et ne s’en servent pas pour leur propre compte.

Si jamais les élections sont plus sincères qu’avant 1830, ces peuplades du Midi commenceront à prendre quelque intérêt au gouvernement. Jusqu’en 1830, elles le regardaient comme un ennemi tout-puissant, qui exige l’impôt et la conscription, mais avec lequel on fait aussi quelquefois de bien bons marchés, en se faisant payer pour lui envoyer à Paris les députés qu’il demande.

Les peuples furent électrisés par Napoléon. Depuis sa chute et les friponneries électorales et autres qui suivirent son règne, les passions égoïstes et vilaines ont repris tout leur empire : il