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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/298

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— Ces Français fourrent des H partout ; en vérité, je n’en sais rien.

— Vous n’êtes qu’un sot ; allez vous en informer, et qu’on m’en rende compte avant que je sorte pour le spectacle.

— Il s’appelle Achard sans H, est venu dire le majordome.

— Je consens au mariage, a repris la princesse ; le même trousseau servira. Il ne faudra pas changer la marque[1].

La conversation est arrivée ensuite à des choses plus graves.

L’ancien préfet et moi nous touchons à un sujet bien autrement scabreux que tout ce qui a été dit jusqu’ici. Nous pensons qu’un homme à qui ses terres rapportent cinquante mille livres de rente doit payer plus que deux cents petits propriétaires qui ont chacun deux cent cinquante francs de rente (et cela afin de ne pas nourrir des bouches inutiles).

La somme de trois ou quatre millions, qu’on obtiendrait par cette surimposition des terres payant un impôt de plus de deux mille francs, devrait être portée en diminution sur les cotes au-dessous de cinq francs ; voici comment :

Un paysan qui paye six francs d’impôt foncier ne payerait que cinq francs s’il prouvait que lui ou un de ses enfants sait lire, que trois francs s’il prouvait que lui et ses deux enfants savent lire. La lecture prouvée pourrait réduire toutes les cotes au-dessous de cinq francs à une somme qui serait fixée chaque année par un article du budget, basé sur la somme produite par l’impôt progressif.

Diminuer par l’impôt le revenu d’un père de famille quia deux cent cinquante francs de rente et cinq enfants, c’est nuire à la population. L’imprudence et un préjugé religieux font créer des enfants qui, avant sept ou huit ans, meurent faute de nourriture suffisante. Ils seraient sauvés s’ils pouvaient manger de la viande une fois par semaine.

Or, la consommation totale de quatre enfants, qui meurent de

  1. Je ne me serais pas permis de raconter cette histoire, si je ne l’avais trouvée dans la Presse du 30 novembre 1837.