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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/279

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tembre, à midi, le pauvre Wambrée envoie sa lettre à M. Volf ; le 15, M. Volf lui répond que les choses dont il lui donne avis sont bien vagues ; que ce sont peut-être des propos d’envieux que sa longue expérience administrative (à lui Volf) lui a appris à mépriser ; mais qu’au reste il ne soumettra l’adjudication de Givry à l’approbation de M. le directeur général qu’après avoir reçu un second rapport détaillé de lui Wambrée.

Cette lettre était bien signée de M. Volf, mais elle avait été faite par M. Limon, homme prudent, depuis dix ans chef de bureau des ponts et chaussées à la préfecture, et qui ne s’appauvrit pas.

Ce même jour, 14 septembre, M. Wambrée reçoit la visite de Dabo, l’adjudicataire, qui le prie instamment de lui tracer cette route de soixante-dix mille francs, qu’il vient d’obtenir à un pour cent de rabais.

Mais vous n’avez donc pas lu l’affiche ? lui répond M. Wambrée, vous y auriez vu que ce travail n’est exécutoire qu’au mois de mars prochain ; alors seulement nous aurons des fonds.

— N’importe ! reprend Dabo, j’exécuterai par avance.

— Prenez garde, reprend Wambrée, le rabais que vous avez proposé n’est pas suffisant, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que M. le directeur général n’approuve pas cette adjudication.

M. l’ingénieur en chef Ragois, averti de ce qui se passait au chef-lieu, se hâte de revenir. Il y arrive le 22 septembre.

Voilà six à sept mille francs qu’on nous vole, dit-il à Wambrée ; et, comme cette somme est partagée entre tous, il sera bien difficile de nous faire faire justice.

Le même jour, 22 septembre, M. Ragois rencontre à la promenade M. Volf, secrétaire général, faisant fonctions de préfet.

— À propos, lui dit celui-ci, l’adjudication de Givry est approuvée.

— Qu’est-ce que vous me dites donc ? reprend M. Ragois tout surpris, une adjudication faite le 13, et dont vous avez l’ap-