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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/187

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

profiter des lumières que, bon gré mal gré, la liberté de la presse jette sur tous les sujets.

Celui-ci est trop difficile à expliquer. L’exposition de la difficulté à résoudre ennuie le lecteur, et le commis qui a un intérêt triomphe, et fait signer ce qu’il veut par son ministre.

Je désirerais passionnément que tout ceci ne fût pas exact ; la France serait plus civilisée.

Les épigrammes de la presse ne viendront point stimuler la paresse des gens payés pour s’occuper des chemins de fer ; le sujet est trop ennuyeux à expliquer, et l’esprit amusant des journalistes n’aura jamais la patience d’exposer clairement les diverses friponneries que peut occasionner un chemin de fer. Les gens adroits peuvent donc spéculer en paix sur cet objet important, par exemple créer deux mille actions de cinq mille francs pour un chemin de fer qui peut rendre tout au plus trois pour cent du prix de construction, faire persuader au public, par les journaux, qu’il va donner dix pour cent, vendre à sept mille francs toutes les actions créées à cinq mille chacune, et ensuite souhaiter le bonsoir à l’entreprise.

C’est ce qui ne pourrait arriver, si l’on mettait à la tête de tous les chemins de fer une commission de savants qui sachent compter et ne se vendent pas.

Que deviendront les capitaux employés en chemins de fer, si l’on trouve le moyen de faire marcher les waggons sur les routes ordinaires ?

D’un autre côté, les chemins de fer rendent les guerres impossibles ; elles choqueraient trop d’intérêts chez les nations voisines. Mais le maître peut avoir intérêt à la guerre.


— Vienne, le 10 juin.

Les gens de Vienne sont affables, et ne craignent nullement de compromettre leur dignité en parlant à un voyageur inconnu ; nous sommes à mille lieues de Paris. J’ai été présenté à M. Bois-