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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/147

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.


J’ai remarqué deux inscriptions tumulaires en forme d’autel : on a scié un morceau de marbre de la première, ce qui a emporté la fin des lignes ; voici la traduction de ce qui reste :


« Aux mânes et à la mémoire éternelle de Vitalinus Félix, vétéran de la légion… Minervienne, homme très-sage et très-fidèle marchand de papier, renommé dans Lyon par sa probité, qui a vécu… 8 ans cinq mois et dix jours. Il était né le mardi, il partit pour la guerre le mardi, il a obtenu son congé le mardi, et il est mort le mardi. Son fils Vitalinus, très-heureux, et son épouse Julia Nice, lui ont fait élever ce tombeau et l’ont dédié sous l’ascia. »


La seconde inscription, qui est entière, porte :


« Aux mânes d’Æmilius Venustus, soldat de la trentième légion victorieuse, pieuse, fidèle, et librarius (fourrier) de la même légion, tué à la guerre ; Æmilius Gaius et Venusta ses enfants, et Æmilia Afrodisia affranchie, leur malheureuse mère, ont eu le soin de faire établir ce monument de leur vivant, et l’ont dédié sous l’ascia[1]. Le chemin libre est réservé. »


Cotte dernière ligne indique qu’en cédant le terrain où était placé ce tombeau, le vendeur avait excepté le chemin qui y conduit.

J’ai beaucoup examiné le style[2] d’un curieux fragment de

    faucon, Maffei, Ph. A. Turre, Tassin, Colonia, de Boze, Brossette, Breval, Millin. J’indique ces auteurs pour les personnes qui seraient curieuses de l’histoire ancienne écrite dans les monuments. Muratori, lorsqu’il ne s’agit pas de Dioclétien, ou de Julien, ou des martyrs mis à mort sous les empereurs, dit la vérité ; c’est un homme d’un grand sens, qui s’est donné la peine d’étudier, et qui ne se vend point. N’est-ce pas là la perfection de l’historien moderne ?

  1. Sous la hache ou faucille avec laquelle on avait coupé les prémices de l’herbe, au lieu où le monument a été établi.
  2. Par le style ou la façon de rendre l’attache des muscles, et leur renflement, les veines, etc., on peut souvent déterminer l’époque d’une statue, à cinquante ans près.