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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/145

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

de Saint-Pierre ; grand bâtiment sans physionomie, et qui pourtant était admirablement situé pour en avoir une : il imite gauchement l’architecture italienne. Notez qu’au dix-septième siècle, à l’époque où il fut élevé, Lyon était rempli de négociants florentins. Jadis ce lieu fut occupé par un monastère de religieuses, lequel fut rebâti pour la première fois par la reine Teudelinde, au quatrième siècle ; ruiné deux ou trois fois depuis, et enfin reconstruit au dix-septième siècle. La façade, fort incorrecte et surtout fort plate, présente deux ordres d’architecture en pilastres, le dorique et le corinthien, et un troisième en attique. La balustrade qui surmonte l’entablement, et qui se détache sur le ciel, est peut-être ce qu’il y a de mieux ; elle fait un tout de ce vaste édifice. Il est imposant par sa masse, grande ressource des barbares et des sots en architecture. Il n’en est pas moins vrai que, par une journée de beau soleil comme celle d’aujourd’hui, le palais de Saint-Pierre a ce sombre qui me charmait en Italie.

Au milieu de la cour, sarcophage antique dont on a fait une fontaine, saules pleureurs passables. Deux paons se promènent au soleil en faisant la roue. Mais, malgré leur vanité, ils sont exempts de l’affectation provinciale ; ils me plaisent et je les regarde longtemps. Chamfort, revenant de Versailles, regardait avec plaisir un chien qui rongeait un os.

Autour de cette cour spacieuse, dont les paons occupent le centre, règne un portique commode. C’est là qu’on voit l’autel et la célèbre inscription du Taurobole, qui, je le crains, n’intéressera pas le lecteur autant que moi. Le taurobole était un des mystères les plus singuliers du culte païen. Comme vous savez, une religion, pour avoir des succès durables, doit avant tout chasser l’ennui ; de là les Renewals des États-Unis.

En 1705, on trouva sur la montagne de Fourvières, dans l’ancien Lugdunum, ce bel autel sur lequel on lit la curieuse inscription relative à un taurobole, offert, l’an 160 de Jésus-Christ, pour la santé de l’empereur Antonin le Pieux. Voici ce qui se pratiquait :