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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/105

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

Un homme actif fait rendre quinze pour cent à ses capitaux sans risques.

Je rencontre à Châlon M. D., un des premiers économistes de France, il arrive de Besançon. De la vie je ne me suis arrêté à Besançon que pour des affaires.

Je commençais et finissais mes courses en cette ville par aller dans une certaine église, la cathédrale, où se trouve un excellent Saint Sébastien de Fra Barlolomeo. Vis-à-vis est la mort de Saphire, tableau du ferme coloriste Sébastien del Piombo.

Quelquefois Michel-Ange lui fournissait des dessins pour faire pièce aux élèves de Raphaël. Ce grand homme, protégé par son oncle Bramante, intrigant du premier mérite, obtint sur Michel-Ange des avantages piquants pour celui-ci. C’était le vieux Corneille éclipsé par le tendre Racine.

Une partie du pont de Besançon est de construction romaine. Les maisons sont toutes bâties en belles pierres de taille, et j’aimais à visiter le palais Granvelle.

Besançon, me dit M. D., est encore espagnole ; c’est une ville sérieuse et profondément catholique. Il faut savoir cela pour goûter tout le plaisant d’une anecdote qu’il me raconte. C’est une lutte entre les premières autorités du pays et deux demoiselles trop aimables et bien protégées qui voulaient s’y établir. Cela est bien plaisant, mais trop récent. Besançon adore son préfet, M. Tourangin.


— Sur le bateau à vapeur, le 15 mai.

Je me livre à une action qui me déshonorerait à jamais aux yeux de mon sage beau-père, s’il venait à en avoir connaissance. Ennuyé de mon valet de chambre, pour parler en gentilhomme, je l’expédie pour Lyon dans ma calèche ; et moi, je monte sur le bateau à vapeur sans autre équipage que mon manteau et le gros Shakspeare de Baudry. Joseph, malgré le respect dont je ne souffre pas qu’il s’écarte, me fait des yeux bien significatifs ;