Page:Stendhal - De l’amour, I, 1927, éd. Martineau.djvu/9

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

II PRÉFACE


son article du Globe du 24 octobre 1829 : « Prenez les deux volumes de l’Amour, les plus bizarres assurément que M. de Stendhal ait écrits. Si, à la dixième page, vous ne les jetez pas de dépit, vous serez surpris en arrivant au bout du mouvement qu’ils auront donné à votre imagination. » Sans doute parce que le meilleur en est entièrement fait de notes prises sur le vif. C’est dans sa chère Italie que l’idée de disserter sur l’amour devait venir à l’auteur. Il ne voulait voir que là comment la passion à l’état de nature fournit à l’observateur des exemples renouvelés du temps passé, et cependant toujours neufs. Les Italiens étaient à ses yeux le seul peuple des temps modernes exempt d’affectation. Parmi eux, il avait goûté pour la première fois cette vie libre qu’il affectionna toujours plus que tout au monde, cette conversation divine et légère avec les femmes, ces discussions entre hommes que ne gâte jamais un sot amour propre ni la peur du ridicule. Ce monde idéal lui était apparu sitôt qu’il eut passé les Alpes en 1800, à l’aube de sa dix-huitième année, et dès cette époque il rêvait d’y jouer un rôle. Il ne commença seulement de le tenir qu’en 1811, à Milan, et il le posséda pleinement enfin, durant les séjours qu’il fit en Italie, après la chute de l’Empire. Sans doute pourra-t-il bien mener une exis-