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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/99

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proposition est ceci : Ugone est un garçon instruit et fort adroit ; il était médecin quand il tua son beau-frère et prit la machia (la forêt). Vous pouvez l’envoyer une heure avant la nuit à la porte du couvent ; il demandera du service, et fera si bien qu’on l’admettra dans le corps-de-garde ; il fera boire les domestiques des nones ; de plus il est bien capable de mouiller la corde à feu de leurs arquebuses.

Par malheur, Jules accepta la proposition du caporal. Comme celui-ci s’en allait, il ajouta :

— Nous allons attaquer un couvent, il y a excommunication majeure, et, de plus, ce couvent est sous la protection immédiate de la Madone…

— Je vous entends, s’écria Jules comme réveillé par ce mot. Restez avec moi. Le caporal ferma la porte et revint dire le chapelet avec Jules. Cette prière dura une grande heure. A la nuit, on se remit en marche.

Comme minuit sonnait, Jules, qui était entré seul dans Castro sur les onze heures, revint prendre ses gens hors de la porte. Il entra avec ses huit soldats auxquels s’étaient joints trois paysans bien armés, il les réunit aux cinq soldats qu’il avait dans la ville, et se trouva ainsi à la tête de seize hommes déterminés ; deux étaient déguisés en domestiques, ils avaient pris une grande blouse de toile noire pour cacher leurs giacco (cottes de mailles), et leurs bonnets n’avaient pas de plumes.

A minuit et demi, Jules, qui avait pris pour lui le rôle de courrier, arriva au galop à la porte du couvent,