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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/92

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véritable, que l’on dit supérieur à toutes les épreuves. Méprise-moi, mon Jules ; mais, au nom de Dieu, ne cesse pas de m’aimer. Enlève-moi, si tu veux, mais rends-moi cette justice que, si ma mère ne se fût pas trouvée présente au couvent, les dangers les plus horribles, la honte même, rien au monde n’aurait pu m’empêcher d’obéir à tes ordres. Mais cette mère est si bonne ! elle a tant de génie ! elle est si généreuse ! Rappelle-toi ce que je t’ai raconté dans le temps : lors de la visite que mon père fit dans ma chambre, elle sauva tes lettres que je n’avais plus aucun moyen de cacher ; puis, le péril passé, elle me les rendit sans vouloir les lire et sans ajouter un seul mot de reproche ! Eh bien ! toute ma vie elle a été pour moi comme elle fut en ce moment suprême. Tu vois si je devrais l’aimer, et pourtant, en t’écrivant (chose horrible à dire), il me semble que je la hais. Elle a déclaré qu’à cause de la chaleur elle voulait passer la nuit sous une tente dans le jardin ; j’entends les coups de marteau, on dresse cette tente en ce moment ; impossible de nous voir cette nuit. Je crains même que le dortoir des pensionnaires ne soit fermé à clé, ainsi que les deux portes de l’escalier tournant, chose que l’on ne fait jamais. Ces précautions me mettraient dans l’impossibilité de descendre au jardin, quand même je croirais une telle démarche utile pour conjurer ta colère. Ah ! comme je me livrerais à toi dans ce moment, si j’en avais les moyens ! comme je courrais à cette église où l’on doit nous marier ! »

Cette lettre finit par deux pages de phrases folles, et dans