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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/84

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moindre sentiment de haine contre son frère, même lorsqu’il tira sur elle un coup d’arquebuse. Je me souviens qu’à notre premier rendez-vous, après mon retour de Rome, je lui disais : Que veux-tu ? l’honneur le voulait, je ne puis blâmer un frère ! — Rendu à l’espérance par sa dévotion à la Madone, Jules poussa son cheval, et en quelques heures arriva au cantonnement de sa compagnie. Il la trouva prenant les armes : on se portait sur la route de Naples à Rome par le mont Cassin. Le jeune capitaine changea de cheval, et marcha avec ses soldats. On ne se battit point ce jour-là. Jules ne demanda point pourquoi l’on avait marché, peu lui importait. Au moment où il se vit à la tête de ses soldats, une nouvelle vue de sa destinée lui apparut. — Je suis tout simplement un sot, se dit-il, j’ai eu tort de quitter Castro. ; Hélène est probablement moins coupable que ma colère ne se l’est figuré. Non, elle ne peut avoir cessé de m’appartenir, cette ame si naïve et si pure, dont j’ai vu naître les premières sensations d’amour ! Elle était pénétrée pour moi d’une passion si sincère ! Ne m’a-t-elle pas offert plus de dix fois de s’enfuir avec moi, si pauvre, et d’aller nous faire marier par un moine du Monte-Cavi ! A Castro, j’aurais dû, avant tout, obtenir un second rendez-vous, et lui parler raison. Vraiment la passion me donne des distractions d’enfant ! Dieu ! que, n’ai-je un ami pour implorer un conseil ! La même démarche à faire me paraît exécrable et excellente à deux minutes de distance !

Le soir de cette journée, comme l’on quittait la grande