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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/82

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héritière de biens immenses… Et moi, j’ai eu la sottise de la laisser pendant quinze jours entiers en proie aux séductions de mes ennemis ! Il faut convenir que, si je suis bien malheureux, le ciel m’a fait aussi bien dépourvu de sens pour diriger ma vie ! Je suis un être bien misérable, bien méprisable ! ma vie n’a servi à personne, et moins à moi qu’à tout autre.

A ce moment, le jeune Branciforte eut une inspiration bien rare en ce siècle-là ; son cheval marchait sur l’extrême bord du rivage, et quelquefois avait les pieds mouillés par l’onde ; il eut l’idée de le pousser dans la mer et de terminer ainsi le sort affreux auquel il était en proie. Que ferait-il désormais, après que le seul être au monde qui lui eût jamais fait sentir l’existence du bonheur venait de l’abandonner ? Puis tout à coup une idée l’arrêta. — Que sont les peines que j’endure, se dit-il, comparées à celles que je souffrirai dans un moment, une fois cette misérable vie terminée ? Hélène ne sera plus pour moi simplement indifférente comme elle l’est en réalité ; je la verrai dans les bras d’un rival, et ce rival sera quelque jeune seigneur romain, riche et considéré ; car, pour déchirer mon ame, les démons chercheront les images les plus cruelles, comme c’est leur devoir. Ainsi, je ne pourrai trouver l’oubli d’Hélène, même dans la mort ; bien plus, ma passion pour elle redoublera, parce que c’est le plus sûr moyen que pourra trouver la puissance éternelle pour me punir de l’affreux péché que j’aurai commis. Pour achever de chasser la tentation, Jules se mit à