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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/79

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frapper ton oreille. Ensuite nous dîmes dévotement deux Ave et deux Pater. Eh bien ! par l’amour qu’alors tu avais pour moi, et, si tu l’as oublié, comme je le crains, par ta damnation éternelle, je t’ordonne de me recevoir cette nuit dans ta chambre ou dans le jardin de ce couvent de la Visitation. »

L’auteur italien rapporte curieusement beaucoup de longues lettres écrites par Jules Branciforte, après celle-ci ; mais il donne seulement des extraits des réponses d’Hélène de Campireali. Après deux cent soixante dix-huit ans écoulés, nous sommes si loin des sentimens d’amour et de religion qui remplissent ces lettres, que j’ai craint qu’elles ne fissent longueur.

Il paraît par ces lettres qu’Hélène obéit enfin à l’ordre contenu dans celle que nous venons de traduire en l’abrégeant. Jules trouva le moyen de s’introduire dans le couvent ; on pourrait conclure d’un mot qu’il se déguisa en femme. Hélène le reçut, mais seulement à la grille d’une fenêtre du rez-de-chaussée donnant sur le jardin. A son inexprimable douleur, Jules trouva que cette jeune fille, si tendre et même si passionnée autrefois, était devenue comme une étrangère pour lui ; elle le traita presque avec politesse. En l’admettant dans le jardin, elle avait cédé presque uniquement à la religion du serment. L’entrevue fut courte : après quelques instans, la fierté de Jules, peut être un peu excitée par les évènemens qui avaient eu lieu depuis quinze jours, parvint à l’emporter sur sa douleur profonde. — Je ne vois plus devant moi, dit-il à part soi, que le