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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/73

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jugea, à la vue de tant d’innocence, qu’il était utile de parler plus clairement.

— Je vois en vous, continua-t-il, cette bravoure complète qui a fait connaître dans toute l’Italie le nom de Branciforte. J’espère que vous aurez pour ma maison cette fidélité qui me rendait votre père si cher, et que j’ai voulu récompenser en vous. Voici le mot d’ordre de ma compagnie : Ne dire jamais la vérité sur rien de ce qui rapport à moi ou à mes soldats. Si, dans le moment où vous êtes obligé de parler, vous ne voyez l’utilité d’aucun mensonge, dites faux à tout hasard, et gardez-vous comme de péché mortel de dire la moindre vérité. Vous comprenez que, réunie à d’autres renseignemens, elle peut mettre sur la voie de mes projets. Je sais, du reste, que vous avez une amourette dans le couvent de la Visitation, à Castro ; vous pouvez aller perdre quinze jours dans cette petite ville, où les Orsini ne manquent pas d’avoir des amis et même des agens. Passez chez mon majordome, qui vous remettra 200 sequins. L’amitié que j’avais pour votre père, ajouta le prince en riant, me donne l’envie de vous donner quelques directions sur la façon de mener à bien cette entreprise amoureuse et militaire. Vous et trois de vos soldats serez déguisés en marchands ; vous ne manquerez pas de vous fâcher contre un de vos compagnons, qui fera profession d’être toujours ivre, et, qui se fera beaucoup d’amis en payant du vin à tous les désoeuvrés de Castro… Du reste, ajouta le prince en changeant de ton, si vous êtes pris par les Orsini et mis à mort, n’avouez jamais votre nom