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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/50

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prêtres, le chemin de la magnifique allée de chênes verts qui couronne le bord du cratère au fond duquel s’étend le lac d’Albano. Dix minutes après, une vieille femme s’introduisait hardiment dans le palais de Campireali, sous prétexte de vendre de beaux fruits ; la première personne qu’elle rencontra fut la petite camériste Marietta, confidente intime de sa maîtresse Hélène, laquelle rougit jusqu’au blanc des yeux en recevant un beau bouquet. La lettre que cachait le bouquet était d’une longueur démesurée : Jules racontait tout ce qu’il avait éprouvé depuis la nuit des coups d’arquebuse ; mais, par une pudeur bien singulière, il n’osait pas avouer ce dont tout autre jeune homme de son temps eût été si fier, savoir : qu’il était fils d’un capitaine célèbre par ses aventures, et que lui-même avait déjà marqué par sa bravoure dans plus d’un combat. Il croyait toujours entendre les réflexions que ces faits inspireraient au vieux Campireali. Il faut savoir qu’au XVe siècle, les jeunes filles, plus voisines du bon sens républicain, estimaient beaucoup plus un homme pour ce qu’il avait fait lui-même, que pour les richesses amassées par ses pères ou pour les actions célèbres de ceux-ci. Mais c’étaient surtout les jeunes filles du peuple qui avaient ces pensées. Celles qui appartenaient à la classe riche ou noble avaient peur des brigands, et, comme il est naturel, tenaient en grande estime la noblesse et l’opulence. Jules finissait sa lettre par ces mots : « Je ne sais si les habits convenables que j’ai rapportés de Rome vous auront fait oublier la cruelle injure qu’une personne que vous respectez