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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/356

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des Alpes ou parmi nous ? Revient-on à la gaieté et au bon goût après une révolution telle que la nôtre ?

Le grand et magnifique tableau peint avec tant de grâce et de facilité par M. le président de Brosses pourra-t-il, un jour, redevenir ressemblant, ou bien restera-t-il, pour nous, comme un de ces monuments de la littérature grecque ou romaine, d’autant plus précieux qu’ils peignent une société à jamais éteinte ?

Rien ne se rapproche plus de notre position que la morose Amérique ; elle seule peut nous éclairer un peu sur notre avenir. Là, on ne voit pas un despote comme le cardinal de Fleury, qui régnait en France, ce me semble, du temps de M. de Brosses. Là-bas, c’est la médiocrité grossière qui est le despote, et à laquelle il faut faire la cour, sous peine d’être insulté dans la rue. La Fontaine n’oserait pas dire à New-York :


Que je hais le profane vulgaire !


Je voudrais, quant à moi, que le vulgaire fût heureux. Le bonheur est comme la chaleur, qui monte d’étape en étage ; mais je ne voudrais pas, pour tout au monde, vivre avec le vulgaire, et encore moins être obligé de lui faire la cour.

A New-York et à Philadelphie, c’est bien autre chose que M. le baron Poitou, qui a un hôtel élégant à la Chaussée-d’Antin, quatre-vingt mille livres de rente, et qui, après tout, est abonné à la Revue de Paris. A New-York, c’est à mon cordonnier et a son cousin le teintu-