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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/354

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demoiselles, à l’imitation de celles de madame Campan, l’une à Milan et l’autre à Naples.

Ces écoles et la volonté de fer de celui qui les fonda ont obtenu un succès complet parmi tout ce qui a de la naissance ou des richesses. Tout cela est guindé et assez triste, comme chez nous. Si l’on veut trouver de la gaieté et les mœurs d’autrefois décrites par M. le président de Brosses, il faut aller chercher quelque petite ville écartée, ou descendre dans les classes moins élevées de la société.

Par une triste coïncidence, en même temps que Napoléon ôtait la gaieté et les plaisirs faciles que donne un despotisme depuis longtemps établi, et qui n’a plus peur, une circonstance qui a suivi sa chute de près ôtait tous les plaisirs de l’esprit. La presse est plus qu'intimidée, elle n’imprime rien de raisonnable ou d’aimable, et les femmes ne lisent point ; de quoi donc pourrait-on parler, puisqu’il est à la mode de ne plus s’entretenir des accidents tragiques ou bouffons de la plus folle des passions ? Tel était, du moins, le triste état du bonheur en Italie lorsque je quittai ce beau pays, il y a dix-huit mois.

Le roi d’Italie ne put pas s’apercevoir de la quantité d’ennui qu’il répandait parmi ses fidèles sujets. De son temps vivaient encore les femmes aimables qui avaient conservé les façons d’agir décrites par de Brosses, et elles se moquaient fort de sa puissance.

Mais le despote se fût aperçu de l’effroyable tristesse, de la tristesse presque anglaise, qu’il jetait dans le jardin du monde, qu’il n’en eût pas moins continué son