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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/352

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profonde et si heureuse du président de Brosses ? Comprendra-t-elle la joie si vive que la présence du beau lui inspire ? Si ces lettres parviennent à être connues, on les lira sans s’en vanter, car elles sont souvent une vraie comédie, satiriques et gaies, c’est-à-dire la chose impossible, le genre en horreur au parti conservateur. Elles offrent un tableau joyeux de l’Italie… qui alors était joyeuse. M. Pellico n’avait pas écrit son livre sur le Spielberg. Hélas ! un changement analogue au nôtre a eu lieu en ce beau pays ; nous ne rions plus ici, et là-bas on ne fait plus l’amour, ou, ce qui est bien pis, il n’est plus le premier intérêt de la vie. M. de Brosses ne pourrait plus dire d’une jeune princesse romaine :


Et filia leviter
Sequitur matris iter.


Les beaux-arts mêmes n’y sont plus qu’un pis-aller ; on y est amoureux, et avec passion, d’une certaine chose qu’on n’a pas et que je n’ose nommer.

Dans une famille composée de trois jeunes sœurs, on a donné des robes d’une certaine étoffe de fort belle apparence aux deux aînées, mais la cadette meurt de chagrin parce qu’elle n’a pas une robe semblable ; elle se croit méprisée ; elle dépérit, il n’y a plus de bonheur pour elle, elle se met en colère à tout propos. On lui propose d’aller au bal, et, au lieu de songer au plaisir de danser, elle regarde sa robe, et ses yeux se remplissent de larmes.

« Mais ma bonne amie, lui dit un philosophe, cette