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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/349

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a de belles voitures et des soirées, ne comprend rien aux choses d’esprit, ce qui ne veut pas dire, du tout, qu’elle manque d’esprit. Elle admire le génie de MM. Rothschild et le savoir-faire d’un député, qui, petit notaire dans le Cantal, accroche une préfecture pour son fils, un bureau de tabac de trois cents francs pour son cousin, et la croix pour son neveu. Pour opérer toutes ces choses, ce député n’est pas obligé de parler français, ni d’avoir un accent non ridicule ; c’est par d’autres mérites qu’il s’arrondit.

Il fallait, pour nos péchés, que la comédie fût encore plus impossible, et l’esprit de parti est venu s’en mêler. Ou n’a plus regardé la littérature comme chose légère, comme une plaisanterie, et l’on a pris tant d’estime pour elle, que les partis veulent l’enchaîner ; le gouvernement aussi s’en mêle, et voudrait fort nous ramener à la littérature de l’Empire, sage et mesurée.

On aurait pu espérer quelque chose des petits-fils des amis de madame de Sévigné ; mais ces messieurs verraient une atroce injure, une injure à laver par le sang, dans la comédie nouvelle qui oserait présenter, pour la première fois, le personnage du gentilhomme Dorante, du Bourgeois gentilhomme.

C’est en vain que le pauvre auteur s’écrie : — Mais, messieurs, ce personnage est-il plaisant, est-il vrai ?

— Il s’agit bien de ces futilités, vraiment ! cet homme a entrepris de ravaler ma classe, dit cet élégant jeune homme à la mine hautaine et aux manières importantes, il vilipende ma position dans le monde. C’est un fauteur