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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/346

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président de Brosses. Il est vrai qu’il n’exprime, en général, que des idées faciles à comprendre ; il ne devient profond et neuf, et ne court la chance d’être obscur pour les génies épais, que quand il vient à parler des beaux-arts.

Mais une chose incroyable, miraculeuse, à laquelle je ne trouve aucune explication raisonnable, c’est comment un Français de 1739, contemporain de MM. Vanloo, Coypel, Restout, Pierre, etc., contemporain de Voltaire, si plaisant quand il écrit sur les arts et vante sa fontaine de la rue de Grenelle, a pu comprendre non seulement Raphaël et le Dominiquin, que la France ne devait juger dignes de son attention que quarante ans plus tard, mais même le Brosses avait du génie.

M. Delalande, l'athée et le protégé des jésuites, certes était un homme d’esprit ; il voyagea en 1768, vingt-huit ans après M. de Brosses. Il imprima sur l’Italie huit ou neuf volumes, en général assez raisonnables ; et pourtant, quand il parle des peintres de ce pays, il en est encore au jugement et aux critiques du fameux M. Cochin, dessinateur célèbre. Rien n’est plaisant comme le ton que prend ce M. Cochin lorsqu’il parle de Michel-Ange et du Corrège. Mais les erreurs et les bévues grotesques sur les arts ne sont pas ce qui choque le public de 1836, les feuilletons lui ont formé le caractère à cet égard ; la question du succès de la présente édition de de Brosses, qui est presque la première, n’est pas là.