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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/314

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la liberté de l’Italie avaient reparu dans le cœur du jeune carbonaro. Peu à peu Vanina s’aperçut que le changement étonnant qu’elle remarquait chez son amant était tout moral, et nullement l’effet de mauvais traitements physiques. Sa douleur, qu’elle croyait au comble, en fut encore augmentée.

Missirilli se taisait ; Vanina semblait sur le point d’être étouffée par les sanglots. Il ajouta d’un air un peu ému lui-même :

— Si j’aimais quelque chose sur la terre, ce serait vous, Vanina ; mais grâce à Dieu, je n’ai plus qu’un seul but dans ma vie : je mourrai en prison, ou en cherchant à donner la liberté à l’Italie.

Il y eut encore un silence ; évidemment Vanina ne pouvait parler : elle l’essayait en vain. Missirilli ajouta :

— Le devoir est cruel, mon amie ; mais s’il n’y avait pas un peu de peine à l’accomplir, où serait l’héroïsme ? Donnez-moi votre parole que vous ne chercherez plus à me voir.

Autant que sa chaîne assez serrée le lui permettait, il fit un petit mouvement du poignet, et tendit les doigts à Vanina.

— Si vous permettez un conseil à un homme qui vous fut cher, mariez-vous sagement à l’homme de mérite que votre père vous destine. Ne lui faites aucune confidence fâcheuse ; mais, d’un autre côté, ne cherchez jamais à me revoir ; soyons désormais étrangers l’un à l’autre. Vous avez avancé une somme considérable pour le service de la patrie ; si jamais elle est délivrée de ses tyrans, cette