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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/308

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— Asseyons-nous, monseigneur.

Et elle prit place tranquillement sur un canapé.

— Etes-vous seule au moins ? dit le ministre.

— Absolument seule, je vous le jure ! s’écria Vanina.

C’est ce que le ministre eut soin de vérifier : il fit le tour de la chambre et regarda partout ; après quoi il s’assit sur une chaise à trois pas de Vanina.

— Quel intérêt aurais-je, dit Vanina d’un air doux et tranquille, d’attenter aux jours d’un homme modéré, qui probablement serait remplacé par quelque homme faible à tête chaude, capable de se perdre soi et les autres ?

— Que voulez-vous donc, mademoiselle ? dit le ministre avec humeur. Cette scène ne me convient point et ne doit pas durer.

— Ce que je vais ajouter, reprit Vanina avec hauteur, et oubliant tout à coup son air gracieux, importe à vous plus qu’à moi. On veut que le carbonaro Missirilli ait la vie sauve : s’il est exécuté, vous ne lui survivrez pas d’une semaine. Je n’ai aucun intérêt à tout ceci ; la folie dont vous vous plaignez, je l’ai faite pour m’amuser d’abord, et ensuite pour servir une de mes amies. J’ai voulu, continua Vanina, en reprenant son air de bonne compagnie, j’ai voulu rendre service à un homme d’esprit, qui bientôt sera mon oncle, et doit porter loin, suivant toute apparence, la fortune de sa maison.

Le ministre quitta l’air fâché : la beauté de Vanina contribua sans doute à ce changement rapide. On connaissait dans Rome le goût de monseigneur Catanzara pour