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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/302

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Vanina tomba sur une chaise, à demi évanouie et plongée dans le malheur le plus atroce. Elle ne pouvait proférer aucune parole ; ses yeux étaient secs et brûlants.

Enfin elle se précipita à genoux :

— Grand Dieu ! s’écria-t-elle, recevez mon vœu ; oui, je punirai l’infâme qui a trahi ; mais auparavant il faut rendre la liberté à Pietro.

Une heure après, elle était en route pour Rome. Depuis longtemps son père la pressait de revenir. Pendant son absence, il avait arrangé son mariage avec le prince Livio Savelli. A peine Vanina fut-elle arrivée, qu’il lui en parla en tremblant. A son grand étonnement, elle consentit dès le premier mot. Le soir même, chez la comtesse Vitteleschi, son père lui présenta presque officiellement don Livio ; elle lui parla beaucoup. C’était le jeune homme le plus élégant et qui avait les plus beaux chevaux ; mais quoiqu’on lui reconnût beaucoup d’esprit, son caractère passait pour tellement léger, qu’il n’était nullement suspect au gouvernement. Vanina pensa qu’en lui faisant d’abord tourner la tête, elle en ferait un agent commode. Comme il était neveu de monsignor Savelli-Catanzara, gouverneur de Rome et ministre de la police, elle supposait que les espions n’oseraient le suivre.

Après avoir fort bien traité, pendant quelques jours, l’aimable don Livio, Vanina lui annonça que jamais il ne serait son époux ; il avait, suivant elle, la tête trop légère.

— Si vous n’étiez pas un enfant, lui dit-elle, les commis de votre oncle n’auraient pas de secrets pour vous. Par