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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/301

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Après la sortie de cet homme, Pietro ne fut pensif qu’un instant :

— Il n’y a rien à faire pour le moment, dit-il enfin.

Vanina était mourante ; elle tremblait sous les regards de son amant.

— Qu’avez-vous donc d’extraordinaire ? lui dit-il.

Puis il pensa à autre chose, et cessa de la regarder.

Vers le milieu de la journée, elle se hasarda à lui dire :

— Voilà encore une vente de découverte ; je pense que vous allez être tranquille pour quelque temps.

— Très tranquille, répondit Missirilli avec un sourire qui la fit frémir.

Elle alla faire une visite indispensable au curé du village de San Nicolô, peut-être espion des jésuites. En rentrant pour dîner à sept heures, elle trouva déserte la petite chambre où son amant était caché. Hors d’elle-même, elle courut le chercher dans toute la maison ; il n’y était point. Désespérée, elle revint dans cette petite chambre, ce fut alors seulement qu’elle vit un billet ; elle lut : « Je vais me rendre prisonnier au légat : je désespère de notre cause ; le ciel est contre nous. Qui nous a trahis ? Apparemment le misérable qui s’est jeté dans le puits. Puisque ma vie est inutile à la pauvre Italie, je ne veux pas que mes camarades, en voyant que, seul, je ne suis pas arrêté, puissent se figurer que je les ai vendus. Adieu, si vous m’aimez, songez à me venger. Perdez, anéantissez l’infâme qui nous a trahis, fut-ce mon père. »