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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/30

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cinquante pieds, tapissé de verdure, qui entoure le lac. Cette maison, qui touchait aux sombres et magnifiques ombrages de la forêt de la Faggiola, a depuis été démolie, lorsqu’on a bâti le couvent de Palazzuola. Ce pauvre jeune homme n’avait pour lui que son air vif et leste et l’insouciance non jouée avec laquelle il supportait sa mauvaise fortune. Tout ce que l’on pouvait dire de mieux en sa faveur, c’est que sa figure était expressive sans être belle. Mais il passait pour avoir bravement combattu sous les ordres du prince Colonne et parmi ses bravi, dans deux ou trois entreprises fort dangereuses. Malgré sa pauvreté, malgré l’absence de beauté, il n’en possédait pas moins, aux yeux de toutes les jeunes filles d’Albano, le cœur qu’il eût été le plus flatteur de conquérir. Bien accueilli partout, Jules Branciforte n’avait eu que des amours faciles, jusqu’au moment où Hélène revint du couvent de Castro. « Lorsque, peu après, le grand poète Cechino se transporta de Rome au palais Campireali, pour enseigner les belles-lettres à cette jeune fille, Jules, qui le connaissait, lui adressa une pièce de vers latins sur le bonheur qu’avait sa vieillesse de voir de si beaux yeux s’attacher sur les siens, et une ame si pure être parfaitement heureuse quand il daignait approuver ses pensées. La jalousie et le dépit des jeunes filles auxquelles Jules faisait attention avant le retour d’Hélène, rendirent bientôt inutiles toutes les précautions qu’il employait pour cacher une passion naissante, et j’avouerai que cet amour entre un jeune homme de vingt-deux ans et une fille de dix-sept fut conduit d’abord d’une façon que la