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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/299

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de dix-neuf membres ; voici leurs noms et leurs adresses. » Après avoir écrit cette liste, très exacte à cela près que le nom de Missirilli était omis, elle dit à la femme, dont elle était sûre :

— Porte ce livre au cardinal-légat ; qu’il lise ce qui est écrit et qu’il te rende le livre. Voici dix sequins ; si jamais le légat prononce ton nom, la mort est certaine ; mais tu me sauves la vie si tu fais lire au légat la page que je viens d’écrire.

Tout se passa à merveille. La peur du légat fit qu’il ne se conduisit point en grand seigneur. Il permit à la femme du peuple qui demandait à lui parler de ne paraître devant lui que masquée, mais à condition qu’elle aurait les mains liées. En cet état, la marchande fut introduite devant le grand personnage, qu’elle trouva retranché derrière une immense table, couverte d’un tapis vert.

Le légat lut la page du livre d’Heures, en le tenant fort loin de lui, de peur d’un poison subtil. Il le rendit à la marchande, et ne la fit point suivre. Moins de quarante minutes après avoir quitté son amant, Vanina, qui avait vu revenir son ancienne femme de chambre, reparut devant Missirilli, croyant que désormais il était tout à elle. Elle lui dit qu’il y avait un mouvement extraordinaire dans la ville ; on remarquait des patrouilles de carabiniers dans les rues où ils ne venaient jamais.

— Si tu veux m’en croire, ajouta-t-elle, nous partirons à l’instant même pour San Nicolô.

Missirilli y consentit. Ils gagnèrent à pied la voiture de la jeune princesse, qui, avec sa dame de compagnie, confidente