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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/297

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se seraient levés à un signal donné, et auraient attendu en armes l’arrivée des chefs supérieurs. Le moment décisif approchait, lorsque, comme cela arrive toujours, la conspiration fut paralysée par l’arrestation des chefs.

A peine arrivée en Romagne, Vanina crut voir que l’amour de la patrie ferait oublier à son amant tout autre amour. La fierté de la jeune Romaine s’irrita. Elle essaya en vain de se raisonner ; un noir chagrin s’empara d’elle : elle se surprit à maudire la liberté. Un jour qu’elle était venue à Forli pour voir Missirilli, elle ne fut pas maîtresse de sa douleur, que toujours jusque-là son orgueil avait su maîtriser.

— En vérité, lui dit-elle, vous m’aimez comme un mari ; ce n’est pas mon compte.

Bientôt ses larmes coulèrent ; mais c’était de honte de s’être abaissée jusqu’aux reproches. Missirilli répondit à ces larmes en homme préoccupé. Tout à coup Vanina eut l’idée de le quitter et de retourner à Rome. Elle trouva une joie cruelle à se punir de la faiblesse qui venait de la faire parler. Au bout de peu d’instants de silence, son parti fut pris ; elle se fût trouvée indigne de Missirilli si elle ne l’eût pas quitté. Elle jouissait de sa surprise douloureuse quand il la chercherait en vain auprès de lui. Bientôt l’idée de n’avoir pu obtenir l’amour de l’homme pour qui elle avait fait tant de folies l’attendrit profondément. Alors elle rompit le silence, et fit tout au monde pour lui arracher une parole d’amour. Il lui dit d’un air distrait des choses fort tendres ; mais ce fut avec un accent