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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/294

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août, à quoi bon les acheter, et un prix énorme ? Vanina est si belle ! elle a un génie si singulier ! On cherchera à lui plaire ; elle m’oubliera. Quelle est la femme qui n’a jamais eu qu’un amant ? Ces princes romains que je méprise comme citoyens, ont tant d’avantages sur moi ! Ils doivent être bien aimables ! Ah, si je pars, elle m’oublie, et je la perds pour jamais. »

Au milieu de la nuit, Vanina vint le voir ; il lui dit l’incertitude où il venait d’être plongé, et la discussion à laquelle, parce qu’il l’aimait, il avait livré ce grand mot de patrie. Vanina était bien heureuse.

« S’il devait choisir absolument entre la patrie et moi, se disait-elle, j’aurais la préférence. »

L’horloge de l’église voisine sonna trois heures ; le moment des derniers adieux arrivait. Pietro s’arracha des bras de son amie. Il descendait déjà le petit escalier, lorsque Vanina, retenant ses larmes, lui dit en souriant :

— Si tu avais été soigné par une pauvre femme de la campagne, ne ferais-tu rien pour la reconnaissance ? Ne chercherais-tu pas à la payer ? L’avenir est incertain, tu vas voyager au milieu de tes ennemis : donne-moi trois jours par reconnaissance, comme si j’étais une pauvre femme, et pour me payer de mes soins.

Missirilli resta. Et enfin il quitta Rome. Grâce à un passeport acheté d’une ambassade étrangère, il arriva dans sa famille. Ce fut une grande joie ; on le croyait mort. Ses amis voulurent célébrer sa bienvenue en tuant un carabinier ou deux (c’est le nom que portent les gendarmes dans les États du pape).