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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/291

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Vanina ne doutait pas que le plus grand bonheur de Pietro ne fût de lui rester attaché ; il semblait trop heureux ; mais un mot du général Bonaparte retentissait amèrement dans l’âme de ce jeune homme et influençait toute sa conduite à l’égard des femmes. En 1796, comme le général Bonaparte quittait Brescia, les municipaux qui l’accompagnaient à la porte de la ville lui disaient que les Bressans aimaient la liberté par-dessus tous les autres Italiens. – Oui, dit-il, ils aiment à en parler à leurs maîtresses.

Missirilli dit à Vanina d’un air assez contraint :

— Dès que la nuit sera venue, il faut que je sorte.

— Aie bien soin de rentrer au palais avant le point du jour ; je t’attendrai.

— Au point du jour je serai à plusieurs milles de Rome.

— Fort bien, dit Vanina froidement, et où irez-vous ?

— En Romagne, me venger.

— Comme je suis riche, reprit Vanina de l’air le plus tranquille, j’espère que vous accepterez de moi des armes et de l’argent.

Missirilli la regarda quelques instants sans sourciller ; puis se jetant dans ses bras :

— Ame de ma vie, tu me fais tout oublier, lui dit-il, et même mon devoir. Mais plus ton cœur est noble, plus tu dois me comprendre.

Vanina pleura beaucoup, et il fut convenu qu’il ne quitterait Rome que le surlendemain.