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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/283

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appartement avait des fenêtres sur une terrasse garnie d’orangers. Vanina alla faire quelques visites dans Rome ; au retour, la grande porte du palais étant embarrassée par les préparatifs d’une illumination, la voiture rentra par les cours de derrière. Vanina leva les yeux, et vit avec étonnement qu’une des fenêtres de l’appartement que son père avait fermée avec tant de soin était ouverte. Elle se débarrassa de sa dame de compagnie, monta dans les combles du palais, et à force de chercher parvint à trouver une petite fenêtre grillée qui donnait sur la terrasse garnie d’orangers. La fenêtre ouverte qu’elle avait remarquée était à deux pas d’elle. Sans doute cette chambre était habitée ; mais par qui ? Le lendemain Vanina parvint à se procurer la clef d’une petite porte qui ouvrait sur la terrasse garnie d’orangers.

Elle s’approcha à pas de loup de la fenêtre qui était encore ouverte. Une persienne servit à la cacher. Au fond de la chambre il y avait un lit et quelqu’un dans ce lit. Son premier mouvement fut de se retirer ; mais elle aperçut une robe de femme jetée sur la chaise. En regardant mieux la personne qui était au lit, elle vit qu’elle était blonde, et apparemment fort jeune. Elle ne douta plus que ce ne fût une femme. La robe jetée sur une chaise était ensanglantée ; il y avait aussi du sang sur des souliers de femme placés sur une table. L’inconnue fit un mouvement ; Vanina s’aperçut qu’elle était blessée. Un grand linge taché de sang couvrait sa poitrine ; ce linge n’était fixé que par des rubans ; ce n’était pas la main d’un chirurgien qui l’avait placé ainsi. Vanina remarqua que chaque jour, vers les quatre heures, son