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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/272

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La duchesse demanda à le voir ; D. Ferrant le lui montra.

(Je trouve dans le procès du duc de Palliano la déposition des moines qui assistèrent à ce terrible événement. Ces dépositions sont très supérieures à celles des autres témoins, ce qui provient, ce me semble, de ce que les moines étaient exempts de crainte en parlant devant la justice, tandis que tous les autres témoins avaient été plus ou moins complices de leur maître.)

Le frère Antoine de Pavie, capucin, déposa en ces termes :

— Après la messe où elle avait reçu dévotement la sainte communion, et tandis que nous la confortions, le comte d’Aliffe, frère de madame la duchesse, entra dans la chambre avec une corde et une baguette de coudrier grosse comme le pouce et qui pouvait avoir une demi-aune de longueur. Il couvrit les yeux de la duchesse d’un mouchoir, et elle, d’un grand sang-froid, le faisait descendre davantage sur ses yeux, pour ne pas le voir. Le comte lui mit la corde au cou ; mais, comme elle n’allait pas bien, le comte la lui ôta et s’éloigna de quelques pas ; la duchesse, l’entendant marcher, s’ôta le mouchoir de dessus les yeux, et dit :

— Eh bien donc ! que faisons-nous ?

Le comte répondit :

— La corde n’allait pas bien, je vais en prendre une autre pour ne pas vous faire souffrir.

Disant ces paroles, il sortit ; peu après il rentra dans la chambre avec une autre corde, il lui arrangea de nouveau le mouchoir sur