Ouvrir le menu principal

Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/269

Cette page n’a pas encore été corrigée


— Monsieur le duc, dit Marcel, Votre Excellence se rappellera qu’elle m’a promis la vie sauve si je dis toute la vérité. Il n’est pas nécessaire de me donner la corde de nouveau ; je vais tout vous dire.

Alors il s’approcha du duc, et, d’une voix tremblante et à peine articulée, il lui dit qu’il était vrai qu’il avait obtenu les faveurs de la duchesse. A ces paroles, le duc se jeta sur Marcel et le mordit à la joue ; puis il tira son poignard et je vis qu’il allait en donner des coups au coupable. Je dis alors qu’il était bien que Marcel écrivît de sa main ce qu’il venait d’avouer, et que cette pièce servirait à justifier Son Excellence. On entra dans la salle basse, où se trouvait ce qu’il fallait pour écrire ; mais la corde avait tellement blessé Marcel au bras et à la main, qu’il ne put écrire que ce peu de mots : Oui, j’ai trahi mon seigneur ; oui, je lui ai ôté l’honneur !

Le duc lisait à mesure que Marcel écrivait. A ce moment il se jeta sur Marcel et il lui donna trois coups de poignard qui lui ôtèrent la vie. Diane Brancaccio était là, à trois pas, plus morte que vive, et qui, sans doute, se repentait mille et mille fois de ce qu’elle avait fait.

— Femme indigne d’être née d’une noble famille ! s’écria le duc, et cause unique de mon déshonneur, auquel tu as travaillé pour servir à tes plaisirs déshonnêtes, il faut que je te donne la récompense de toutes tes trahisons.

En disant ces paroles, il la prit par les cheveux et lui scia le cou avec un couteau. Cette malheureuse répandit un déluge de sang, et enfin tomba morte.