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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/265

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la position où ils se trouvaient. La duchesse était dans son lit occupée à noter une petite dépense qu’elle venait de faire ; une camériste était dans la chambre ; Marcel se trouvait debout à trois pas du lit.

Le duc furieux saisit Marcel à la gorge, l’entraîna dans un cabinet voisin, où il lui commanda de jeter à terre la dague et le poignard dont il était armé. Après quoi le duc appela des hommes de sa garde, par lesquels Marcel fut immédiatement conduit dans les prisons de Soriano.

La duchesse fut laissée dans son palais, mais étroitement gardée.

Le duc n’était point cruel ; il paraît qu’il eut la pensée de cacher l’ignominie de la chose, pour n’être pas obligé d’en venir aux mesures extrêmes que l’honneur exigerait de lui. Il voulut faire croire que Marcel était retenu en prison pour une tout autre cause, et prenant prétexte de quelques crapauds énormes que Marcel avait achetés à grand prix deux ou trois mois auparavant, il fit dire que ce jeune homme avait tenté de l’empoisonner. Mais le véritable crime était bien trop connu, et le cardinal, son frère, lui fit demander quand il songerait à laver dans le sang des coupables l’affront qu’on avait osé faire à leur famille.

Le duc s’adjoignit le comte d’Aliffe, frère de sa femme, et Antoine Torando, ami de la maison. Tous trois, formant comme une sorte de tribunal, mirent en jugement Marcel Capecce, accusé d’adultère avec la duchesse.

L’instabilité des choses humaines voulut que le pape Pie