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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/259

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Au milieu de l’horreur de cette profonde disgrâce, il arriva une chose qui, pour le malheur de la duchesse et de Capecce lui-même, montra bien que, dans Rome, ce n’était pas une passion véritable qui l’avait entraîné sur les pas de la Martuccia.

Un jour que la duchesse l’avait fait appeler pour lui donner un ordre, il se trouva seul avec elle, chose qui n’arrivait peut-être pas deux fois dans toute une année. Quand il vit qu’il n’y avait personne dans la salle où la duchesse le recevait, Capecce resta immobile et silencieux. Il alla vers la porte pour voir s’il y avait quelqu’un qui pût les écouter dans la salle voisine, puis il osa parler ainsi :

— Madame, ne vous troublez point et ne prenez pas avec colère les paroles étranges que je vais avoir la témérité de prononcer. Depuis longtemps je vous aime plus que la vie. Si, avec trop d’imprudence, j’ai osé regarder comme amant vos divines beautés, vous ne devez pas en imputer la faute à moi mais à la force surnaturelle qui me pousse et m’agite. Je suis au supplice, je brûle ; je ne demande pas du soulagement pour la flamme qui me consume, mais seulement que votre générosité ait pitié d’un serviteur rempli de déférence et d’humilité.

La duchesse parut surprise et surtout irritée :

— Marcel, qu’as-tu donc vu en moi, lui dit-elle, qui te donne la hardiesse de me requérir d’amour ? Est-ce que ma vie, est-ce que ma conversation se sont tellement éloignées des règles de la décence, que tu aies pu t’en autoriser