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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/256

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des récits du combat périlleux qui aurait eu lieu, disait-on, entre le cardinal neveu et Marcel Capecce. Le duc de Palliano, général en chef de l’armée de l’Église, crut la chose bien plus grave qu’elle n’était, et comme il n’était pas en très bons termes avec son frère le ministre, dans la nuit même il fit arrêter Lanfranchi, et, le lendemain, de bonne heure, Marcel lui-même fut mis en prison. Puis on s’aperçut que personne n’avait perdu la vie, et que ces emprisonnements ne faisaient qu’augmenter le scandale, qui retombait tout entier sur le cardinal. On se hâta de mettre en liberté les prisonniers, et l’immense pouvoir des trois frères se réunit pour chercher à étouffer l’affaire. Ils espérèrent d’abord y réussir ; mais, le troisième jour, le récit du tout vint aux oreilles du pape. Il fit appeler ses deux neveux et leur parla comme pouvait le faire un prince aussi pieux et profondément offensé.

Le cinquième jour de janvier, qui réunissait un grand nombre de cardinaux dans la congrégation du Saint Office, le saint pape parla le premier de cette horrible affaire, il demanda aux cardinaux présents comment ils avaient osé ne pas la porter à sa connaissance :

— Vous vous taisez ! et pourtant le scandale touche à la dignité suprême dont vous êtes revêtus ! Le cardinal Carafa a osé paraître sur la voie publique couvert d’un habit séculier et l’épée nue à la main. Et dans quel but ? Pour se saisir d’une infâme courtisane ?

On peut juger du silence de mort qui régnait parmi tous ces courtisans durant cette sortie contre le premier ministre.