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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/255

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se présenta chez Lanfranchi, accompagné de beaucoup d’hommes armés.

La porte lui fut ouverte, on l’engagea à s’asseoir et à prendre part au festin ; mais, après quelques paroles assez contraintes, il fit signe à la Martuccia de se lever et de sortir avec lui. Pendant qu’elle hésitait, toute confuse et prévoyant ce qui allait arriver, Capecce se leva du lieu où il était assis, et, s’approchant de la jeune fille, il la prit par la main, essayant de l’entraîner avec lui. Le cardinal, en l’honneur duquel elle était venue, s’opposa vivement à son départ ; Capecce persista, s’efforçant de l’entraîner hors de la salle.

Le cardinal premier ministre, qui, ce soir-là, avait pris un habit tout différent de celui qui annonçait sa haute dignité, mit l’épée à la main, et s’opposa avec la vigueur et le courage que Rome entière lui connaissait au départ de la jeune fille. Marcel, ivre de colère, fit entrer ses gens ; mais ils étaient Napolitains pour la plupart, et, quand ils reconnurent d’abord le secrétaire du duc et ensuite le cardinal que le singulier habit qu’il portait leur avait d’abord caché, ils remirent leurs épées dans le fourreau, ne voulurent point se battre, et s’interposèrent pour apaiser la querelle.

Pendant ce tumulte, Martuccia, qu’on entourait et que Marcel Capecce retenait de la main gauche, fut assez adroite pour s’échapper. Dès que Marcel s’aperçut de son absence, il courut après elle, et tout son monde le suivit.

Mais l’obscurité de la nuit autorisait les récits les plus étranges, et dans la matinée du 2 janvier, la capitale fut inondée