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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/233

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Tous regardaient les deux frères, lorqu’à l’improviste s’avança le fiscal de Rome, qui dit :

— Signor Bernardo, Notre-Seigneur vous fait grâce de la vie ; soumettez-vous à accompagner vos parents et priez Dieu pour eux.

A l’instant ses deux confortatori lui ôtèrent la petite planche qui était devant ses yeux. Le bourreau arrangeait sur la charrette Giacomo Cenci et lui avait ôté son habit afin de pouvoir le tenailler. Quand le bourreau vint à Bernard, il vérifia la signature de la grâce, le délia, lui ôta les menottes, et, comme il était sans habit, devant être tenaillé, le bourreau le mit sur la charrette et l’enveloppa du riche manteau de drap galonné d’or. (On a dit que c’était le même qui fut donné par Béatrix à Marzio après l’action dans la forteresse de Petrella.) La foule immense qui était dans la rue, aux fenêtres et sur les toits, s’émut tout à coup ; on entendait un bruit sourd et profond, on commençait à se dire que cet enfant avait sa grâce.

Les chants des psaumes commencèrent et la procession s’achemina lentement par la place Navonne vers la prison Savella. Arrivée à la porte de la prison, la bannière s’arrêta, les deux femmes sortirent, firent leur adoration au pied du saint crucifix et ensuite s’acheminèrent à pied l’une à la suite de l’autre. Elles étaient vêtues ainsi qu’il a été dit, la tête couverte d’un grand voile de taffetas qui arrivait presque jusqu’à la ceinture.

La signora Lucrèce, en sa qualité de veuve, portait un voile