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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/224

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lui qu’une seule lettre ; sa mère lui a envoyé de l’argent à Marseille, et on suppose qu’il fait la guerre en France, comme soldat.

La confession de l’assassin de Terni et cette fuite de monsignor Guerra, qui produisit une sensation étonnante dans Rome, ranimèrent tellement les soupçons et même les indices contre les Cenci, qu’ils furent extraits du château Saint-Ange et ramenés à la prison Savella.

Les deux frères, mis à la torture, furent bien loin d’imiter la grandeur d’âme du brigand Marzio ; ils eurent la pusillanimité de tout avouer. La signora Lucrèce Petroni était tellement accoutumée à la mollesse et aux aisances du plus grand luxe, et d’ailleurs elle était d’une taille tellement forte, qu’ellene put supporter la question de la corde ; elle dit tout ce qu’elle savait.

Mais il n’en fut pas de même de Béatrix Cenci, jeune fille pleine de vivacité et de courage. Les bonnes paroles ni les menaces du juge Moscati n’y firent rien. Elle supporta les tourments de la corde sans un moment d’altération et avec un courage parfait. Jamais le juge ne put l’induire à une réponse qui la compromît le moins du monde ; et, bien plus, par sa vivacité pleine d’esprit, elle confondit complètement ce célèbre Ulysse Moscati, juge chargé de l’interroger. Il fut tellement étonné des façons d’agir de cette jeune fille, qu’il crut devoir faire rapport du tout à Sa Sainteté le pape Clément VIII, heureusement régnant.

Sa Sainteté voulut voir les pièces du procès et l’étudier. Elle craignit que le juge Ulysse Moscati, si célèbre pour