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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/201

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on attacha de très grandes peines à la non-exécution ou au mépris public de ces petites pratiques minutieuses élevées au rang des devoirs les plus sacrés de la religion ; il aura haussé les épaules en voyant l’universalité des citoyens trembler devant les lois terribles de l’inquisition.

<< Eh bien ! se sera-t-il dit, je suis l’homme le plus riche de Rome, cette capitale du monde ; je vais en être aussi le plus brave ; je vais me moquer publiquement de tout ce que ces gens-là respectent, et qui ressemble si peu à ce qu’on doit respecter.>>

Car un don Juan, pour être tel, doit être homme de ccoeuroe ; ur et posséder un esprit vif et net qui fait voir clair dans les motifs des actions des hommes.

François Cenci se sera dit : << Par quelles actions parlantes, moi Romain, né à Rome en 1527, précisément pendant les six mois pendant lesquels les soldats luthériens du connétable de Bourbon y commirent, sur les choses saintes, les plus affreuses profanations ; par quelles actions pourrais-je faire remarquer mon courage et me donner, le plus profondément possible, le plaisir de braver l’opinion ? Comment étonnerais-je mes sots contemporains ? Comment pourrais-je me donner le plaisir si vif de me sentir différent de tout ce vulgaire ? >>

Il ne pouvait entrer dans la tête d’un Romain, et d’un Romain du Moyen Age, de se borner à des paroles. Il n’est pas de pays où les paroles hardies soient plus méprisées qu’en Italie.

L’homme qui a pu se dire à lui-même ces choses se nomme