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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/20

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Au XVIe siècle, le gouverneur d’un bourg avait-il condamné à mort un pauvre habitant en butte à la haine de la famille prépondérante, souvent on voyait les brigands attaquer la prison et essayer de délivrer l’opprimé. De son côté, la famille puissante, ne se fiant pas trop aux huit ou dix soldats du gouvernement chargés de garder la prison, levait à ses frais une troupe de soldats temporaires. Ceux-ci, qu’on appelait des bravi, bivouaquaient dans les alentours de la prison, et se chargeaient d’escorter jusqu’au lieu du supplice le pauvre diable dont la mort avait été achetée. Si cette famille puissante comptait un jeune homme dans son sein, il se mettait à la tête de ces soldats improvisés. Cet état de la civilisation fait gémir la morale, j’en conviens ; de nos jours on a le duel, l’ennui, et les juges ne se vendent pas ; mais ces usages du XVIe siècle étaient merveilleusement propres à créer des hommes dignes de ce nom.

Beaucoup d’historiens, loués encore aujourd’hui par la littérature routinière des académies, ont cherché à dissimuler cet état de choses qui, vers 1550, forma de si grands caractères. De leur temps, leurs prudens mensonges furent récompensés par tous les honneurs dont pouvaient disposer les Médicis de Florence, les d’Est de Ferrare, les vice-rois de Naples, etc. Un pauvre historien, nommé Gianone, a voulu soulever un coin du voile ; mais, comme il n’a osé dire qu’une très petite partie de la vérité, et encore en employant des formes dubitatives et obscures, il est resté fort ennuyeux, ce qui ne l’a pas