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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/197

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du rôle satanique de don Juan. C’est sans doute cette religion qui enseigna au monde bien entendu de tqu’un pauvre esclave, qu’un gladiateur avait une âme absolument égale en faculté à celle de César lui-même ; ainsi, il faut la remercier de l’apparition de sentiments délicats ; je ne doute pas, au reste, que tôt ou tard ces sentiments ne se fussent fait jour dans le sein des peuples. L’Énéide est déjà bien plus tendre que l’Iliade.

La théorie de Jésus était celle des philosophes arabes ses contemporains ; la seule chose nouvelle qui se soit introduite dans le monde à la suite des principes prêchés par saint Paul, c’est un corps de prêtres absolument séparé du reste des citoyens et même ayant des intérêts opposés.

Ce corps fit son unique affaire de cultiver et de fortifier le sentiment religieux ; il inventa des prestiges et des habitudes pour émouvoir les esprits de toutes les classes, depuis le pâtre inculte jusqu’au vieux courtisan blasé ; il sut lier son souvenir aux impressions charmantes de la première enfance ; il ne laissa point passer la moindre peste ou le moindre grand malheur sans en profiter pour redoubler la peur et le sentiment religieux, ou tout au moins pour bâtir une belle église, comme la Salute à Venise.

L’existence de corps produisit cette chose admirable : le pape saint Léon, résistant sans force physique au féroce Attila et à ses nuées de barbares qui venaient d’effrayer la Chine, la Perse et les Gaules.