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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/178

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maison de ladite dame Accoramboni. Ils étaient revêtus d’habits de toile taillés d’une manière extravagante et arrangés de façon qu’ils ne pouvaient être reconnus, sinon par la voix ; et, lorsqu’ils s’appelaient entre eux, ils faisaient usage de certains noms de jargon.

Ils cherchèrent d’abord la personne de la duchesse, et, l’ayant trouvée, l’un d’eux lui dit : <<Maintenant il faut mourir.>>

Et, sans lui accorder un moment, encore qu’elle demandât de se recommander à Dieu, il la perça d’un poignard étroit au-dessous du sein gauche, et, agitant le poignard en tous sens, le cruel demanda plusieurs fois à la malheureuse de lui dire s’il lui touchait le cœur ; enfin elle rendit le dernier soupir. Pendant les autres cherchaient les frères de la duchesse, desquels l’un, Marcel, eut la vie sauve parce qu’on ne le trouva pas dans la maison ; l’autre fut percé de cent coups. Les assassins laissèrent les morts par terre ; toute la maison en pleurs et en cris ; et, s’étant saisis de la cassette qui contenait les joyaux et l’argent, ils partirent.

Cette nouvelle parvint rapidement aux magistrats de Padoue ; ils firent reconnaître les corps morts, et rendirent compte à Venise.

Pendant tout le lundi, le concours fut immense audit palais et à l’église des Ermites pour voir les cadavres. Les curieux étaient si émus de pitié, particulièrement à voir la duchesse si belle ; ils pleuraient son malheur, et dentibus fremebant (et grinçaient des dents) contre les assassins ; mais on ne savait pas encore leurs noms.