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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/162

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petite émotion, se fit promptement revêtir de ses habits, et puis se recommanda soi-même à Dieu, et cette pauvre âme (ainsi prise à l’improviste). Il alla ensuite chezsa nièce, et, avec une gravité admirable et un air de paix profonde, il mit un frein aux cris et aux pleurs féminins qui commençaient à retentir dans toute la maison. Son autorité sur ces femmes fut d’une telle efficacité, qu’à partir de cet instant, et même au moment où le cadavre fut emporté hors de la maison, l’on ne vit ou n’entendit rien de leur part qui s’écartât le moins du monde de ce qui a lieu, dans les familles les plus réglées, pour les morts les plus prévues. Quant au cardinal Montalto lui-même, personne ne put surprendre en lui les signes, même modérés, de la douleur la plus simple ; rien ne fut changé dans l’ordre et l’apparence extérieure de sa vie. Rome en fut bientôt convaincue, elle qui observait avec sa curiosité ordinaire les moindres mouvements d’un homme si profondément offensé.

Il arriva par hasard que, le lendemain même de la mort violente de Félix, le consistoire (des cardinaux) était convoqué au Vatican. Il n’y eut pas d’homme dans toute la ville qui ne pensât que pour ce premier jour, à tout le moins, le cardinal Montalto s’exempterait de cette fonction publique. Là, en effet, il devait paraître sous les yeux de tant et de si curieux témoins ! On observerait les moindres mouvements de cette faiblesse naturelle, et toutefois si convenable à celer chez un personnage qui d’une place éminente aspire à une plus éminente encore ; car tout le monde conviendra qu’il n’est pas convenable que celui