Ouvrir le menu principal

Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/161

Cette page n’a pas encore été corrigée


de la maison, et parmi elles Vittoria elle-même ; toutes le suppliaient avec les dernières instances de ne pas sortir à cette heure avancée. Comme il ne se rendait pas à leurs prières, elles tombèrent à genoux, et, les larmes aux yeux, le conjurèrent de les écouter.

Ces femmes, et surtout Camille, étaient frappées de terreur par le récit des choses étranges qu’on voyait arriver tous les jours, et demeurer impunies dans ces temps du pontificat de Grégoire XIII, pleins de troubles et d’attentats inouïs. Elles étaient encore frappées d’une idée : Marcel Accoramboni, quand il se hasardait à pénétrer dans Rome, n’avait pas pour habitude de faire appeler Félix, et une telle démarche, à cette heure de la nuit, leur semblait hors de toute convenance.

Rempli de tout le feu de son âge, Félix ne se rendait point à ces motifs de crainte ; mais, quand il sut que la lettre avait été apportée par le Mancino, homme qu’il aimait beaucoup et auquel il avait été utile, rien ne put l’arrêter, et il sortit de la maison.

Il était précédé, comme il a été dit, d’un seul domestique portant une torche allumée ; mais le pauvre jeune homme avait à peine fait quelques pas de la montée de Montecavallo, qu’il tomba frappé de trois coups d’arquebuse. Les assassins, le voyant par terre, se jetèrent sur lui, et le criblèrent a l’envi de coups de poignard, jusqu’à ce qu’il leur parut bien mort. A l’instant, cette nouvelle fatale fut portée à la mère et à la femme de Félix, et, par elles, elle parvint au cardinal son oncle.

Le cardinal, sans changer de visage, sans trahir la plus