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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/158

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qui la suivait en tous lieux ; de façon que l’on peut dire que, pour ne pas l’adorer, il fallait ne l’avoir jamais vue. L’amour que son mari avait pour elle allait jusqu’à une véritable folie ; sa belle-mère, Camille, et le cardinal Montalto lui-même, semblaient n’avoir d’autre occupation sur la terre que celle de deviner les goûts de Vittoria, pour chercher aussitôt à les satisfaire. Rome entière admira comment ce cardinal, connu par l’exiguïté de sa fortune non moins que par son horreur pour toute espèce de luxe, trouvait un plaisir si constant à aller au-devant de tous les souhaits de Vittoria. Jeune, brillante de beauté, adorée de tous, elle ne laissait pas d’avoir quelquefois des fantaisies fort coûteuses. Vittoria recevait de ses nouveaux parents des joyaux du plus grand prix, des perles, et enfin ce qui paraissait le plus rare chez les orfèvres de Rome, en ce temps-là fort bien fournis.

Pour l’amour de cette nièce aimable, le cardinal Montalto, si connu par sa sévérité, traita les frères de Vittoria comme s’ils eussent été ses propres neveux. Octave Accoramboni, à peine à l’âge de trente ans, fut, par l’intervention du cardinal Montalto, désigné par le duc d’Urbin et créé, par le pape Grégoire XIII, évêque de Fossombrone ; Marcel Accoramboni, jeune homme d’un