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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/156

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sur le voisin qu’en s’exprimant avec la plus grande clarté possible. Vers 1585, à l’exception des fous entretenus dans les cours, ou des poètes, personne ne songeait à être aimable par la parole. On ne disait point encore : Je mourrai aux pieds de Votre Majesté, au moment où l’on venait d’envoyer chercher des chevaux de poste pour prendre la fuite ; c’était un genre de trahison qui n’était pas inventé. On parlait peu, et chacun donnait une extrême attention à ce qu’on lui disait.

Ainsi, ô lecteur bénévole ! ne cherchez point ici un style piquant, rapide, brillant de fraîches allusions aux façons de sentir à la mode, ne vous attendez point surtout aux émotions entraînantes d’un roman de George Sand ; ce grand écrivain eût fait un chef-d’œuvre avec les vie et les malheurs de Vittoria Accoramboni. Le récit sincère que je vous présente ne peut avoir que les avantages plus modestes de l’histoire. Quand par hasard, courant la poste seul à la tombée de la nuit, on s’avise de réfléchir au grand art de connaître le cœur humain, on pourra prendre pour base de ses jugements les circonstances de l’histoire que voici. L’auteur dit tout, explique tout, ne laisse rien à faire à l’imagination du lecteur ; il écrivait douze jours après la mort de l’héroïne.

Vittoria Accoramboni naquit d’une fort noble famille, dans une petite ville du duché d’Urbin, nommée Agubio.