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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/133

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minuit, à la porte de l’église ; elle l’avait fait venir pour lui apprendre qu’elle était enceinte. A cette annonce, dit le procès, le beau jeune homme pâlit d’horreur et devint tout-à-fait stupide de peur. L’abbesse eut la fièvre ; elle fit appeler le médecin, et ne lui fit point mystère de son état. Cet homme connaissait le caractère généreux de la malade, et lui promit de la tirer d’affaire. Il commença par la mettre en relation avec une femme du peuple jeune et jolie, qui, sans porter le titre de sage-femme, en avait les talens. Son mari était boulanger. Hélène fut contente de la conversation de cette femme qui lui déclara que, pour l’exécution des projets à l’aide desquels elle espérait la sauver, il était nécessaire qu’elle eût deux confidentes dans le couvent.

— Une femme comme vous, à la bonne heure, mais une de mes égales ! non ; sortez de ma présence.

La sage-femme se retira. Mais, quelques heures plus tard, Hélène, ne trouvant pas prudent de s’exposer aux bavardages de cette femme, fit appeler le médecin, qui la renvoya au couvent où elle fut traitée généreusement. Cette femme jura que même, non rappelée, elle n’eût jamais divulgué le secret confié ; mais elle déclara de nouveau que, s’il n’y avait pas dans l’intérieur du couvent deux femmes dévouées aux intérêts de l’abbesse et sachant tout, elle ne pouvait se mêler de rien. (Sans doute elle songeait à l’accusation d’infanticide.) Après y avoir beaucoup réfléchi, l’abbesse résolut de confier ce terrible secret à madame Victoire, prieure du couvent, de la noble famille des ducs de C… et à madame Bernarde,