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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/130

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je ne pourrais avoir d’autre volonté que la sienne, et j’aimerais mieux me voir pour une éternité le dernier de ses esclaves, que d’être roi loin de ses yeux. »

Les témoins rapportent qu’au milieu de ses phrases élégantes, souvent l’abbesse lui ordonnait de se taire, et en des termes durs et qui montraient le mépris. — A vrai dire, continue un autre témoin, madame le traitait comme un domestique ; dans ces cas-là, le pauvre évêque baissait les yeux, se mettait à pleurer, mais ne s’en allait point. Il trouvait tous les jours de nouveaux prétextes pour reparaître au couvent, ce qui scandalisait fort les confesseurs des religieuses et les ennemies de l’abbesse. Mais madame l’abbesse était vivement défendue par la prieure, son amie intime, et qui, sous ses ordres immédiats, exerçait le gouvernement intérieur.

— Vous savez, mes nobles soeurs, disait celle-ci, que, depuis cette passion contrariée que notre abbesse éprouva dans sa première jeunesse pour un soldat d’aventure, il lui est resté beaucoup de bizarrerie dans les idées ; mais vous savez toutes que son caractère a ceci de remarquable, que jamais elle ne revient sur le compte des gens pour lesquels elle a montré du mépris. Or, dans toute sa vie peut-être, elle n’a pas prononcé autant de paroles outrageantes qu’elle en a adressé en notre présence au pauvre monsignor Cittadini. Tous les jours, nous voyons celui-ci subir des traitemens qui nous font rougir pour sa haute dignité.

— Oui, répondaient les religieuses scandalisées, mais il