Ouvrir le menu principal

Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/127

Cette page n’a pas encore été corrigée


que moi puisse faire un sacrifice aussi énorme, il faut que ma fille Hélène, qui a présentement vingt-sept ans et qui depuis l’âge de dix-neuf n’a pas découché du couvent, soit faite abbesse de Castro ; il faut pour cela retarder l’élection de six mois ; la chose est canonique.

— Que dites-vous, madame ? s’écria le vieux cardinal hors de lui ; sa sainteté elle-même ne pourrait pas faire ce que vous venez demander à un pauvre vieillard impotent.

— Aussi ai-je dit à votre éminence que la chose était ridicule : les sots la trouveront folle ; mais les gens bien instruits de ce qui se passe à la cour penseront que notre excellent prince le bon pape Grégoire XIII a voulu récompenser les loyaux et longs services de votre éminence en facilitant un mariage que tout Rome sait qu’elle désire. Du reste, la chose est fort possible, tout-à-fait canonique, j’en réponds, ma fille prendra le voile blanc dès demain.

— Mais la simonie, madame ! .. s’écria le vieillard d’une voix terrible.

La signora de Campireali s’en allait.

— Quel est ce papier que vous laissez ?

— C’est la liste des terres que je présenterais comme valant 300,000 piastres si l’on ne voulait pas d’argent comptant ; le changement de propriété de ces terres pourrait être tenu secret pendant fort long-temps ; par exemple, la maison Colonna me ferait des procès que je perdrais….

— Mais la simonie, madame ! l’effroyable simonie !